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Attention, la colère gronde !
mercredi
4 mars 2009
, par
Christian Portal
La crise est là ! Mais au delà, on constate tous les jours des motifs de réactiver notre propre colère. Pourtant celle-ci n’est rien en comparaison de la colère collective.
Ce monde est en train de devenir fou et les élites qui nous dirigent ne voient rien venir. Pourtant les signaux ne manquent pas.
La Guadeloupe, très médiatisée et la Martinique dont on ne parle presque pas.Même si de nombreux politiques ne veulent y voir qu’un conflit social, la situation est plus grave qu’il n’y parait. Maintenant, le doute n’est plus possible, il s’agit d’une lutte pour la dignité et contre un néocolonialisme devenu insupportable. « Les gens ne se rebellent pas tant qu’ils pensent qu’ils ont encore trop à perdre », ou alors ils ne se rebellent plus, quand ayant tout perdu ils ont également perdu toutes leurs forces comme c’est le cas pour des milliers de sans-abris. Quand des hausses de prix se conjuguent avec des salaires résolument plus bas qu’en métropole et qu’en outre, le chômage y atteint des taux record, alors la colère gronde. Quand on y ajoute le scandale de la pollution des sols par le chlordécone [1] ou le décalage entre la pauvreté et le luxe des zones à touristes alors la révolte est possible.
Les scandales sanitairesDepuis l’affaire du sang contaminé en passant par la vaccination contre l’hépatite B jusque, dernièrement, la relaxe dans l’affaire de l’hormone de croissance, on assiste à une suite d’évènements qui ne peuvent que scandaliser les personnes concernées. Ajoutons le Vioxx© de Merck qui a fait au moins 100 000 morts aux États-Unis, les effets indésirables des médicaments et les maladies nosocomiales qui font de l’ordre de 20 000 morts par an en France ou l’insécurité des patients devant des maladies en recrudescence et bien moins guéries qu’on ne l’affirme. Cette situation ne concerne pas tout le monde, car tous ceux qui sont épargnés ne voient pas les drames qui touchent les autres. Outre que le nombre des épargnés diminue (par exemple, le cancer devrait toucher une personne sur deux d’ici très peu de temps), les dégâts collatéraux deviennent de plus en plus visibles avec les familles des malades. Mais si on ajoute les déficits abyssaux des systèmes de solidarité sociale qui donneront lieu, soit à une augmentation considérable des cotisations, d’autant plus importante que ceux qui pourront la payer seront moins nombreux, soit à une médecine à deux ou trois vitesses comme cela a déjà commencé, alors l’inquiétude touche tous le monde.
Les OGM et les pesticidesLes OGM, personne ou presque ne les souhaitent, que ce soient les agriculteurs, les consommateurs ou les scientifiques qui appellent à la prudence. Seuls les industriels veulent les imposer. Pour cela, tous les moyens sont bons : le mensonge, la désinformation, le lobbying, les pressions juridiques, l’intimidation. Pour les pesticides, le problème est plus complexe puisque la prise de conscience de leur toxicité n’est que récente pour la plupart des gens. Pour de nombreuses personnes encore, il est impossible de s’en passer. Dans ce contexte, il n’y a pas encore de phénomène de rejet collectif. Pourtant, à travers la pollution des eaux, les maladies professionnelles des agriculteurs, les malformations qui touchent de nombreux enfants d’agriculteurs ou la destruction programmée des abeilles (qui prélude peut-être à notre propre disparition), la révélation du phénomène se fait jour.
Les scandales financiersIl est inutile de s’étendre sur l’aspect technique mais on doit plutôt s’intéresser au phénomène de justice sociale. Ce sont plusieurs dizaines de milliers de dollars dans le monde qui sont mis sur le marché pour renflouer des banques qui ont manqué à tous leurs devoirs de prudence. Bien sûr, cet argent ne tombe pas du ciel. Il est emprunté à des systèmes qui se sont enrichis sur la faillite des banques et qui vont prêter l’argent qu’ils ont “volé”. Bien évidemment, ce sont les particuliers qui vont payer la note. Nous avons été spoliés deux fois dans cette affaire. Tout ne monde n’en a pas conscience, mais chacun pressent tout de même qu’il va être le dindon de la farce. Si on ajoute à cela, les leçons que les banquiers nous ont faites quand nous avions un petit découvert ou les sanctions souvent dramatiques qui ont suivi, alors l’indignation se réveille. Celle-ci est à son comble, quand on découvre, malgré les injonctions des gouvernements, que les parachutes dorés et les gabegies continuent sans la moindre vergogne. Les plus nantis continuent de se servir dans le pot de confiture.
Les affaires de justiceQue ce soient la récente affaire Tarnac, qui sent son complot à plein nez, ou des journalistes qui sont sommés par l’intimidation de garde-à-vue plus ou moins musclées de fournir leurs sources, ou bien le cas de Denis Robert, première victime dans l’affaire Clearstream pour avoir révélé l’affaire, on constate que la justice n’est pas toujours garante du “bon droit”. On constate également qu’il vaut bien mieux être un “délinquant en col blanc” qu’un bandit classique ou même qu’une mère de famille en difficulté qui fait un chèque sans provision. Au mieux, quand elle règle correctement les affaires, elle met un temps fou pendant lequel les victimes continuent de souffrir sans bénéficier d’indemnités et au pire, les affaires sont enterrées. Que dire également des conditions de détention qui sont pratiquées en France ? Beaucoup trop de gens font semblant de croire qu’il n’y a que des condamnés dans les prisons ; il y a aussi un tiers des prisonniers qui sont en détention provisoire et donc présumés innocents.
Les dérives du pouvoirsDepuis longtemps, chaque fois qu’un gouvernement veut faire passer un texte dérangeant, il s’arrange pour le faire dans une période favorable, autour du 15 août par exemple. On peut aussi faire passer les réformes de l’éducation nationale au mois de mai, juste avant les examens pour être plus tranquille. Mais depuis quelques temps, le phénomène s’amplifie. Nicolas Sarkozy est devenu le spécialiste de cette méthode. Chaque fois qu’un problème se pose, au lieu de le régler ou d’en débattre, il fait une intervention pour proposer autre chose, par exemple, la réforme de l’audiovisuel public qui est arrivée brutalement et sans préparation pour éluder un bilan de fin d’année peu flatteur au regard des promesses de campagne. De rebond en changement d’orientation, l’opposition et l’opinion publique sont muselées, car incapables de poursuivre tous les “lièvres” que nous offre le pouvoir. Il y a bien sûr de nombreux petits faits qui viennent corroborer cette impression. Malgré cela, nous ne sommes pas en dictature, diront certains. Mais s’il ne s’agit pas de dictature bottée et casquée, celle que Michel Onfray appelle la “dictature du lion”, il s’agit bien d’une “dictature du renard”, plus rusée, moins violente mais toute aussi efficace. Le point commun à ces deux modèles est la frustration qu’il engendre, frustration peut-être encore plus forte dans notre deuxième modèle.
La négation de l’individuA travers le système de l’évaluation que l’on veut imposer aussi bien dans l’entreprise que dans l’éducation nationale à tous les niveaux, depuis la maternelle jusqu’à l’université, on veut imposer un système unique pensée et d’action. On l’a vu pour les méthodes d’enseignement de la lecture où après avoir imposer des méthodes qui fonctionnaient mal on compte en imposer d’autres pas plus probantes. Il n’existe pas une bonne méthode pour quoi que ce soit d’ailleurs mais des méthodes qui conviennent pour certains élèves, certains enseignants ou certaines périodes de formation. C’est la plasticité et le respect de l’individu qui doivent primer et pourtant on recherche une fusion du privé dans le public et une négation du divers dans la glorification de l’unique.
On constate ainsi une absence totale de morale qui permet à quelques individus de se servir dans la gamelle pour s’enrichir personnellement ou pour servir la soupe à d’autres qui dirigent ces actions à la manière de groupes maffieux. On a pu ainsi constater avec stupéfaction que le comité Nobel pourrait avoir été corrompu par la société AstraZénéca fabricante d’un vaccin contre le papillomavirus humain permettant l’attribution du prix Nobel de physiologie-médecine à Harald zur Hausen pour la découverte, justement, du papillomavirus humain. Article du Point
Face au cynisme et à la prédation, avec les frustrations permanentes de chacun, tous les éléments d’une révolte sont présents. Pourquoi ne s’est-elle pas encore déclenchée ? Certainement que les individus ne sont pas encore assez nombreux ou sont-ils trop éloignés physiquement et socialement, mais dès que cet amalgame pourra prendre alors, il y aura du souci à se faire.
Face à cette crise, on a le sentiment que les puissants ne voient rien ou ne veulent rien voir. Ils apparaissent comme les nobles qui, en 1789, continuaient de faire la fête devant le spectacle de la misère du peuple. Pire encore, maintenant, l’impression qui domine est que certains font tout ce qui est possible pour continuer de se goinfrer toujours plus, quitte à accélérer le désastre. La violence, même si elle n’est pas souhaitable, pourrait bien être l’épilogue à cette période. [1] Avec un nom pareil, il y avait tout lieu de se méfier ! Répondre à cet article |
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