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Un autre regard sur les médecins de famille

lundi 20 septembre 2010 , par Yvette Parès


Mme Yvette Parès, Dr en médecine et Dr ès-science, professeure d’université retraitée, nous offre sa vision du médecin de famille et de la médecine de demain, selon sa longue expérience. Article publié dans le blog de Marie-France de Meuron.

  MEDECINE DE DEMAIN : VERS LA SIMPLICITE ET LA SAGESSE

L’épreuve du temps est nécessaire pour apprécier dans leur juste réalité les événements qui marquèrent une époque.

Qu’en est-il de la médecine occidentale qui connut un grand prestige au cours du 20e siècle ? Elle s’imposait comme le fleuron inégalé et inégalable de l’art médical. Tous les peuples ont succombé à ce mirage que des données nouvelles et alarmantes ont peu à peu dissipé.

Il s’agit de la pollution de l’eau par les médicaments chimiques. Durant des décennies, elle a progressé silencieusement pour se manifester de nos jours jusqu’aux nappes phréatiques. Une telle situation ne peut indéfiniment se prolonger.

 Les caractères de la médecine officielle

La médecine occidentale du 20e siècle a porté à un haut degré sa technicité mais, en même temps, s’amplifiaient l’inconfort et le malaise psychique des patients.

Dans ce contexte de souffrances, on peut citer : les infections douloureuses, les perfusions multiples et leurs méfaits, les ponctions, les ponctions-biopsies avec des risques d’hémorragies, les manœuvres invasives à l’origine d’infections ou de maladies nosocomiales, l’administration de produits de contraste ou d’isotopes radioactifs. Le corps humain est ainsi soumis à de rudes épreuves.

On peut ajouter que de nombreuses investigations relèvent davantage de la curiosité scientifique que du réel intérêt du malade.

Mais cette sophistication des soins leur conférait un caractère « savant » qui établissait de façon incontestable la supériorité de la médecine occidentale.

Parallèlement, le sens clinique s’émoussait, les rapports humains se distendaient, remplacés par les chiffres des analyses de laboratoire et les « images » données par des appareils perfectionnés. Le médecin, peu à peu, s’est transformé en un technicien hautement spécialisé.

Que dirait Hippocrate s’il visitait nos hôpitaux modernes où se prescrivent des médicaments sources d’effets indésirables et de maladies iatrogènes ? Ses paroles n’exprimeraient certainement pas d’éloges mais consisteraient plutôt en de sévères remontrances devant le non-respect de ses célèbres préceptes.

 Le retour vers la simplicité

La surmédicalisation est un des grands maux de notre époque et le « tout chimie » a causé la perte de connaissances qui jouaient un rôle très important pour la santé.

Afin de remédier à cette situation et de retrouver une simplicité incluant l’efficacité, des modifications s’avèrent indispensables dans l’attitude des patients et des médecins.

Pour les patients

  • le recours à la médecine familiale qui assumait les affections courantes sans gravité.

Ainsi, les angines banales cédaient à l’eau citronnée ou mieux encore additionnée de vinaigre rosat. Ces cas ne nécessitaient en rien des analyses visant à établir une cause bactérienne ou virale.

  • la remise en honneur des formules efficaces que détenait le savoir populaire très vivant autrefois dans les campagnes.

D’autre part,

  • la demande de conseils et des préparations d’herboristes confirmés lorsque le diplôme aura été rétabli par un décret intelligent ou sous la pression des évènements dans un contexte d’urgence, imposé par la lutte contre la pollution médicamenteuse de l’environnement.

Pour les médecins

  • un recours très modéré aux analyses de laboratoire, les réservant aux cas graves.

Un examen clinique approfondi apporte le plus souvent les éléments qui permettent le diagnostic et le traitement.

  • une grande prudence vis-à-vis des analyses dont l’effet psychologique est néfaste.

Lorsque les déficiences d’un traitement sont bien connues, pourquoi infliger au patient des contrôles successifs qui ne montreront que l’aggravation de la maladie et provoqueront l’inquiétude et un stress permanents ?

Tel est le cas, en particulier, pour les hépatites évoluant vers les complications et que les thérapies aux lourds effets indésirables ne peuvent entraver.

  • une limitation des demandes d’imagerie médicale avec leurs inconvénients et leur coût élevé.
  • le recours à un mode de prescription très négligé en médecine occidentale mais largement utilisé par les médecines traditionnelles :

Il s’agit de la voie percutanée qui permet l’absorption par la peau de nombreuses substances médicamenteuses. A cet effet, on peut utiliser : pommades , huiles médicinales, vinaigres médicinaux, décoctions pour bains partiels ou complets.

Ces pratiques évitent beaucoup d’infections et augmentent ainsi le confort du malade. Il s’y ajoute une économie du matériel jetable.

Par ailleurs, le parfum agréable des préparations naturelles procure déjà au patient un apaisement favorable au traitement.

 Le retour à la sagesse

La profession médicale a été longtemps considérée comme un sacerdoce. Et l’on connaît le dévouement des médecins du passé, appelés médecins de famille et non « médecins traitants ».

Mais le caractère élevé de la profession a subi les assauts d’une modernité matérialiste et technicienne. L’usage d’appareils perfectionnés a remplacé les contacts humains seuls capables de mobiliser véritablement les forces de guérison du patient.

La médecine héritée du 20e siècle, du fait de sa déshumanisation, subit une crise qu’il faudra surmonter.

Divers points sont à envisager :

  • La nécessité d’une culture générale.

Les médecins du passé étaient des hommes cultivés. Ils avaient suivi « les humanités ». Les études comportaient l’enseignement du latin qui conférait de la rigueur et ouvrait sur d’autres visions du monde. De plus, l’existence paisible favorisait la réflexion et le calme intérieur.

De nos jours, les médecins hommes et femmes, ont été et sont submergés d’informations scientifiques. Il reste peu de temps pour étudier la matière humaine et les aspects psychologiques, émotionnels liés à toutes les maladies.

De surcroît, la vie trépidante, l’abondance des contraintes administratives, l’excès d’appels ou de consultations pour des maux insignifiants entretiennent le stress et font obstacle à une totale disponibilité.

Le recours à la médecine familiale et aux activités d’herboristes diplômés contribueraient sans doute à ralentir le rythme et à favoriser l’équilibre intérieur.

  • Le soutien d’une spiritualité quelle qu’elle soit ou un humanisme profond sans lesquels les propos adressés aux patients risquent de n’être que des paroles creuses ou même néfastes.
  • L’acquisition de l’humilité qui fait reconnaître les limites du savoir exercé dans un art difficile.
  • L’ouverture d’esprit qui permet d’accueillir les connaissances thérapeutiques, d’où qu’elles viennent. Hippocrate la recommandait déjà de son temps.
  • La remise de la Science à sa juste place

Par ses larges lacunes, elle fait desservir dramatiquement la médecine. Un exemple en est donné par les découvertes des antibiotiques qui, finalement, ont conduit aux phénomènes de résistance dont le savoir de l’époque ne soupçonnait pas l’inéluctable apparition due aux capacités d’adaptation des germes.

  • Le retour à l’indépendance avec l’abandon de la tutelle des laboratoires pharmaceutiques. Une grande liberté de prescription serait alors possible à partir des ressources offertes par la nature. Cette créativité retrouvée pourrait conduire à des avancées thérapeutiques d’une grande portée.
  • L’ensemble de ces conditions étant réuni, les gestes essentiels de l’art médical reprendraient toute leur valeur : l’accueil du patient, l’écoute attentive, les paroles de réconfort, l’examen clinique bien conduit, la thérapeutique personnalisée et sans effets indésirables.

 CONCLUSION

La médecine occidentale du 20e siècle matérialiste, technique et chimique s’est déshumanisée. Sa vision partielle de l’être humain limitée au corps privé de l’âme et de l’esprit a créé un grand malaise.

Retrouver le chemin de la simplicité accompagnée de l’efficacité et la voie de la sagesse demandera une profonde remise en question. La médecine de demain sera dès lors en mesure de répondre véritablement à l’attente de tous ceux et celles qu’affecte la maladie et qui espèrent la guérison.

23.11.2009

Dr Yvette Parès

Professeur à l’Université de Dakar de 1960 à 1992

Dr ès-science

Dr en médecine

Directrice du centre de recherches biologiques sur la lèpre de 1975 à 1992

Directrice de l’Hôpital traditionnel de Keur Massar (Sénégal) de 1980 à 2003

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