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Yvette Parès, une vie exemplaire !

samedi 22 janvier 2011 , par Christian Portal


Article paru en novembre 2010 dans la revue Votre Santé




La vie d’Yvette Parès a ceci de remarquable que son parcours se situe à la croisée de deux mondes. Ces deux univers sont représentés d’une part, par la culture occidentale, avec la modernité, la technologie et, d’une certaine manière, le refus de la spiritualité, puis, d’autre part, dans ce cas précis, par la culture africaine et d’une façon plus générale par une culture traditionnelle, avec une compréhension profonde du vivant et une spiritualité assumée.

Elle a d’ailleurs commencé par des études de biologie qui se sont conclues par sa thèse de doctorat d’État ès Sciences Naturelles, obtenu en 1957. Puis devant son désir de passer à l’application et sa volonté de soigner, elle a entamé des études de médecine et a obtenu son Doctorat d’État en Médecine, en 1968. entre temps, elle a travaillé à des recherches industrielles sur la microbiologie des sols afin de favoriser l’extraction de minerai d’or et de cuivre. Bien sûr, cet épisode ne fut qu’une parenthèse dans sa vie.

Ses activités s’orientèrent dans le domaine d’une endémie tropicale avec des recherches bactériologiques sur la lèpre de 1969 à 1984. Elle fut la première scientifique à réussir la culture du bacille de Hansen dans le cadre du Centre de Recherches Biologiques sur la lèpre qu’elle dirigeait à Dakar. Les résultats obtenus ont permis de comprendre les « mystères » de l’affection lépreuse, mais aussi d’effectuer des antibiogrammes montrant les capacités antibiotiques des plantes majeures des pharmacopées africaines. Ces antibiogrammes ont été le tremplin qui m’a permis de faire le saut dans l’inconnu, vers la médecine traditionnelle africaine.

Avant d’en arriver aux possibilités de la médecine africaine, sa culture première et la confiance qu’elle avait dans ce système l’ont conduit à vouloir utiliser les antibiotiques. Malheureusement, elle a du se rendre à l’évidence, les traitements ne fonctionnaient pas. Soit que les traitements étaient insuffisamment efficaces ou qu’ils étaient trop lourds, aboutissant à des impasses thérapeutiques car les résultats étaient trop en regard des effets indésirables produits. c’est ce premier constat qui a permis le virage qu’elle allait donner à ses recherches et surtout à sa vie.

Elle a eu l’opportunité de rencontrer un maître Peul, Dadi Diallo qui a consenti à lui enseigner la médecine sénégalaise. Cet aspect de sa vie est très révélateur et nous interroge profondément. En effet, on oublie facilement, qu’à cette époque, elle avait une cinquantaine d’années et qu’elle était professeur à l’université de Dakar. Elle était, bien sûr, un personnage important et son âge, également, la plaçait dans une position difficile pour opérer cette véritable révolution culturelle. N’oublions pas que cet apprentissage n’a pas consisté en une formation de quelques semaines où en quelques stages on apprend de quoi se débrouiller en homéopathie ou pour prescrire quelques plantes mais bien d’un processus qui a duré 15 ans. Ce qui fait qu’elle à terminé le principal de son apprentissage à un âge où les autres sont à la retraite.

En fait, au lieu de prendre sa retraite, elle a fait vivre l’hôpital traditionnel de Keur Massar qu’elle avait fondé en 1980. Tout d’abord, cet hôpital a rencontré l’opposition des élites africaines - élites qu’elle avait contribuées à former - qui n’avaient confiance que dans la technologie occidentale. Ce phénomène que les paysans Français des années 60 avaient connu quand leurs enfants qui avaient étudié ou quand les ingénieurs leurs ont expliqué qu’ils étaient obsolètes se reproduisait également à cette occasion. Ce phénomène occidental s’est produit sur une vingtaine d’années en France mais il avait eu lieu depuis de nombreuses années en Afrique où les colons avaient infantilisé les Africains et avaient détruit leur industrie, leurs connaissances et leur commerce. Ce phénomène se poursuit de façon intense avec le pillage des ressources et l’assujettissement total de l’Afrique au diktat du commerce mondial.

Yvette Parès a toujours été très discrète sur cette période de sa formation. Elle n’a d’ailleurs jamais rien publié sur ce qu’elle avait appris. La seule chose que l’on perçoit, c’est que cet apprentissage l’a transformée et que c’était surtout une forme d’initiation au sens traditionnel que l’on donne à ce mot. Elle a tout de même évoqué les conditions physiques et spirituelles qui ont accompagné ce parcours.

Finalement, l’hôpital traditionnel de Keur Massar (HTKM) a été un succès qu’elle raconte dans ses livres. Dans un premier temps, la lèpre a été soignée avec succès mais quand le SIDA est arrivé en Afrique, elle a commencé à soigner des sidéens avec la même réussite. En fait, l’essentiel de sa réussite repose sur sa volonté de réactiver les savoirs ancestraux. Pour cela, elle a fait appel à plusieurs maîtres de médecine africaine et en recensant les différentes pharmacopées qui existaient dans les différents terroirs du Sénégal. Ce qu’elle ne nous dit pas, parce qu’elle n’a rien écrit sur la médecine africaine, c’est s’il existe une grande médecine qui s serait diversifiées dans les différents terroirs ou si cette médecine est finalement assez fragmentée. L’aspect qui reste important, c’est qu’elle a permis à plusieurs maîtres d’ethnies et de régions différentes de travailler ensemble et de partager leurs connaissances.

Yvette Parès avait effectué une révolution personnelle en passant radicalement de la médecine occidentale à la médecine africaine pourtant, elle conservait de sa première vie des croyances dont elle n’a pas réellement pu se débarrasser. Je me souviens que nous avons eu que nous avons eu quelques échanges épistolaires et téléphoniques. Lors de ces derniers, il m’est arrivé de lui faire partager mon scepticisme à l’égard des thèses microbiennes des maladies infectieuses en évoquant l’idée de coévolution entre les êtres vivants supérieurs et les microbes. Elle m’a toujours écouté avec bienveillance mais je sentais bien que je heurtais des convictions enracinées dans les premiers temps de sa formation occidentale. Néanmoins, sur la fin de sa vie, elle devenait de plus en plus contestataire sur les bienfaits supposés de la médecine occidentale mais elle conservait un vocabulaire spécifique pour décrire l’action des plantes : antifongique, antibiotique, etc.

Par exemple, elle a toujours parlé de VIH/SIDA pour décrire l’agent causal du SIDA, aussi lorsque je lui ai parlé des thèses non virales du SIDA, elle a été très étonnée. Je me souviens avec émotion qu’elle était très humble dans cette situation. En effet, elle n’avait aucune raison de douter de cette forme de causalité, c’est pourquoi elle recherchait des plantes qui puissent avoir une action anti-infectieuse. De plus, elle aurait pu s’accrocher à ces thèses virales et me contredire facilement, compte-tenu du niveau de sa formation avec laquelle je ne pouvais pas rivaliser. Pourtant, elle m’a écouté avec étonnement et j’ai vraiment senti que mes propos avaient réellement déclenché une interrogation et une réflexion et jamais une réfutation comme tant d’autres l’auraient fait. D’ailleurs , dans un article récent, j’ai eu l’occasion de voir qu’elle s’interrogeait très sérieusement quant à la nature de l’agent infectieux du SIDA. Elle a d’ailleurs fait part de ses doutes dans un article publié sur mon site : http://www.medecine-ecologique.info/?SIDA-INCERTITUDES-ET-PROBLEMES.

Nous savons maintenant que nous avons, avec son décès, perdu un passeur, une personne capable de faire le lien entre les cultures modernes et traditionnelles mais surtout une femme qui su redonner toute sa dignité à une médecine africaine qui avait permis, bien avant que nous arrivions, et avec les échecs que nous connaissons, aux Africains de vivre et même de rayonner avant l’époque coloniale.

Pour conclure, je veux citer Djibril Ba, secrétaire général de l’hôpital traditionnel de Keur Massar :

« Cette structure (HTKM) à laquelle elle s’identifiait profondément est aujourd’hui un haut lieu de rencontre des médecines, mais également de soulagement de nombreux patients de toutes conditions et d’origine, où, en tant que femme ayant beaucoup à partager et donnant sans rechigner, elle fut la sœur affectueuse de ses collègues, la mère attentionnée de ses patients lépreux, la confidente généreuse pour tous et la formatrice passionnée de ses collaborateurs. Le bilan de son action reste éminemment humain et se mesure par le nombre de personnes qui ont retrouvé leur dignité d’homme à part entière et qui, sans son intervention, auraient été irrémédiablement condamnés par la lèpre. Elle est partie, trente années, jour pour jour, après la création de l’hôpital, avec un dernier vœu : écrire l’histoire de l’Hôpital Traditionnel de Keur Massar pour les enfants ! Vœu prémonitoire s’il en est en ce sens que les enfants sont l’avenir de l’Homme ! »

Vous pouvez retrouver les articles qu’elle écrit sur les sites suivants :

Pour une médecine écologique

L’hôpital traditionnel de Keur Massar

Le site de Marie-France de Meuron

De plus, elle a écrit de nombreux livres édités par Yves Michel aux éditions du même nomhttp://www.medecine-ecologique.i...,141, http://www.souffledor.fr/boutique/a...

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