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Pourquoi je quitte les Verts et la Commission Santé

vendredi 12 janvier 2007 , par Jean Michel Athané


Lettre ouverte d’un militant Vert pour expliquer sa déception et légitimer sa démission.

Cher(e)s camarades,

C’est avec regret mais finalement un certain sentiment de soulagement que je prends aujourd’hui la décision de quitter les Verts.

Après un long parcours personnel, je suis rentré dans ce parti avec un but bien précis : y militer pour une vision écologiste de la Santé, pensant naïvement y trouver une écoute favorable. Après des années de dialogues de sourds et de coups bas au sein de la Commission Santé, et à la veille de l’Assemblée Générale de cette Commission, j’ai décidé de mettre mon énergie ailleurs.

Nous avions à plusieurs formé un groupe « Médecines Ecologiques » au sein de la Commission Santé des Verts, animé par Christian Portal, à qui je veux particulièrement rendre hommage. Les travaux de ce groupe ont été systématiquement contrés par le responsable de cette Commission, André Ciccolella, et le petit groupe de médecins qui l’entoure, employant tous les moyens bien connus dans les organisations politiques et syndicales quand il s’agit de faire taire, marginaliser ou plus simplement épuiser des éléments politiquement incorrects.
Tout particulièrement, la dernière initiative de notre groupe, l’organisation d’un colloque sur le sujet des médecines écologiques, a fait de sa part l’objet d’une obstruction systématique. Pressions auprès de Jacques Boutault, maire du 2e Arrondissement de Paris, qui prêtait ses locaux et son aide logistique, tentative d’interdiction de cette manifestation par le biais d’une décision autoritaire au sein de la Commission Santé, dénigrement et menaces à tous les niveaux de l’appareil des Verts, interdiction d’utiliser le label des Verts, etc...
Ces minables manœuvres d’apparatchiks me fatiguent, j’ai déjà quitté la CFDT pour des raisons similaires. Mais hélas les mêmes individus à l’esprit mesquin et boutiquier propagent les mêmes habitudes de fonctionnement d’organisation en organisation.
Ce colloque a néanmoins été tenu, en grande partie grâce aux courage politique de Jacques Boutault et à l’opiniâtreté de Christian Portal, et a été un succès par la qualité des spécialistes présents (dont Paul Lannoye) et des échanges tenus. Il a débouché sur la constitution d’un groupe de travail ACECOMED (« Agir pour une Médecine Ecologique »), d’un site Internet et la production d’un second « Appel de Paris » pour une médecine écologique, qui complète en quelque sorte le premier appel en appelant à une vision écologiste de la santé, absente du premier. Pour ceux que cela intéresse : http://www.acecomed.org/

Evidemment, par la volonté d’André Ciccolella, les Verts, en tant que parti, ont été absents de cette action, pourtant éminemment écologiste !
Mais ce n’est pas étonnant, car force est de constater que les Verts ne présentent pas un programme de Santé écologiste. Le seul aspect écologiste de ce programme concerne l’aspect environnemental de la santé (causes externes).
Il n’est entrepris aucune réflexion sur une manière alternative et écologiste de se soigner ou d’entretenir sa santé. J’avais tenté de proposer une démarche de réflexion dans un texte (voir http://www.ecomedecine.ouvaton.org/... ) qui est bien entendu resté lettre morte malgré un accueil très positif de plusieurs membres de la commission.
Mais il est vrai qu’André Ciccolella ne s’intéresse absolument pas à cet aspect des choses. Sa connaissance du milieu médical alternatif est très sommaire, et il ne conteste que très mollement les paradigmes du système médical scientifique actuel, pourtant dominé par les lobbies de la chimie et de la pharmacie et sous-tendu par une idéologie scientiste et arrogante. Il est épaulé en cela par une poignée de médecins peu ouverts - c’est un euphémisme - aux médecines alternatives qui veillent jalousement sur l’orthodoxie « scientifique » du programme des Verts et n’admettent aucune voix discordante. Au besoin ils utilisent l’agression, le dénigrement, quand cela ne va pas jusqu’aux insinuations d’appartenances sectaires.

Loi d’Orientation en matière de Santé proposée par les Verts (voir : http://www.lesverts.fr/IMG/pdf/pr_s...) et promue tous azimuts par André Ciccolella est un avatar technocratique indigeste, élaborée par des professionnels de la santé certes probablement réformistes et engagés, mais qui élude les questions les plus dérangeantes posées par les dérives du système actuel et répond peu aux préoccupations des citoyens qui en sont de plus en plus conscients.
Dans ce texte, le terme « écologie » n’apparaît jamais, ce qui est un comble pour un texte issu d’un parti sensé promouvoir une vision écologiste. Mais j’ai bien compris que, chez les Verts, écologie veut dire environnement, et que celui-ci s’arrête aux barrières de notre corps qui, lui, peut ingurgiter n’importe quoi et supporter n’importe quelle manipulation à partir du moment ou ce n’importe quoi a la bénédiction des médecins.

Dans la loi proposée, la mention aux médecines alternatives et du droit à y avoir recours existe, mais on sent bien que leur mention est en quelque sorte une concession à l’air du temps, destinée à rassurer militants et électeurs qui sont très nombreux à y avoir recours. En effet, le droit d’existence de ces médecines est soumis à une « évaluation » préalable, dont on sait bien qu’elle obéira aux seules règles d’une médecine scientifique dominée par les lobbies et peu disposée, c’est le moins que l’on puisse dire, à leur égard, tant elles menacent le marché juteux de la maladie. Autant dire qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Et nous savons bien que sous les diverses pressions qui ne manqueront pas de se manifester, en l’absence de convictions solides et de courage politique, l’effet des dispositions proposées restera très marginal.

Quant aux sujets qui fâchent, silence radio..
Pour ne prendre qu’un sujet, celui des vaccins : Il n’y a aucune remise en cause de la politique française de vaccination obligatoire, particulièrement coercitive et rétrograde. Seule l’annonce d’un prétendu vaccin contre l’obésité est dénoncée, sans grand risque, tant il est caricatural et anecdotique. Pourtant de nombreuses études émettent des signaux d’alarme sur ce sujet, remettant en cause leurs fondements scientifiques ou constatant ou annonçant des catastrophes sanitaires sans aucune mesure avec les dangers sensés être évités par ces produits. (Pour ceux que cela intéresse, voir le livre de Sylvie Simon « Ce qu’on vous cache sur les vaccins », Ed. Delville http://www4.fnac.com/Shelf/article....). Pendant que l’on joue avec notre avenir et celui de nos enfants et que des millions de parents se posent des questions et se battent, face à l’hystérie prescriptrice des institutions médicales de plus en plus instrumentées par les labos, pour préserver leur droit à être informés et à se vacciner comme il l’entendent, les Verts français restent muets.
Après la lecture de l’avalanche de mesures technocratiques proposées, on reste dubitatif sur le résultat escompté. Le patient que je suis reste coi. Pourquoi ferait-il confiance à ce texte élaboré par et pour des « professionnels de la profession » dont on sait bien que l’esprit ne va pas changer par un coup de baguette magique ?
En plus, il n’y a aucune analyse prévisionnelle d’une baisse espérée des coûts de santé par la mise en œuvre de ce programme.
Nous, patients en colère, allons encore nous battre pendant de longues années pour le simple droit de nous faire soigner comme on l’entend - quant à l’idée de bénéficier du moindre remboursement, autant l’oublier .
Aucune mesure concrète non plus pour contrer les pratiques quotidiennes des labos. Gageons que les visiteurs médicaux pourront continuer à sévir encore longtemps sans être inquiétés, dispensant ’information’ bien orientée, cadeaux et « séminaires » en tous genres. L’exigence de formation continue ’objective’ pèsera peu face à cette réalité.
Aucune remise en question du « tout chimique » pourtant tant décrié quand il s’agit du domaine de l’agriculture. On continuera à rechercher toujours plus de « molécules » miracle de plus en plus couteuses, quand des solutions naturelles peu onéreuses mais non brevetables resteront radicalement ignorées, voire interdites.

Ainsi, les Verts, par l’intermédiaire d’André Ciccolella, prétendent dans un bel élan d’auto-satisfaction « refondre » un système, tout en se gardant bien d’en changer les paradigmes et d’aborder les sujets difficiles avec un minimum de conviction écologiste et de courage politique.
Deux types d’explications à cela :

  • des explications mentales : paresse intellectuelle, simple ignorance, le manque de curiosité culturelle, l’absence de convictions écologiques, et pour certains un rationalisme affiché.
  • des explications politiques : ce projet de loi ne doit pas effrayer nos partenaires obligés (le PS) en présentant un projet « crédible » qui ne choque pas les nombreux représentants de la profession qui infiltrent l’appareil de ce parti comme les autres, y compris les Verts. Ceci bien sûr afin de préserver la possibilité à des Verts de siéger au sein d’un gouvernement de gauche et de ménager ainsi des postes aux valeureux militants qui n’ont pas démérité .. suivez mon regard.

En cela les Verts commettent une double erreur : celle du choix d’alliance obligée avec le PS, seul moyen d’obtenir des strapontins verts dont on sait d’expérience qu’ils ne font que servir d’alibi écolo à une politique social démocrate largement soumise aux lobbies, et celle de trahir ainsi doublement (par l’absence de conviction du programme et par la compromission politique annoncée - l’un et l’autre étant intimement liés) les attentes criantes d’un électorat naturel de plus en plus lucide et déterminé à prendre en main son destin. Ils vont le payer très cher politiquement. Déjà de nombreux militants Verts partent, préférant aller voir par exemple « La France en Action » dont le programme de santé est, lui, novateur et écologiste (pour ceux que cela intéresse : http://www.lafranceenaction.com/doc... ).

Pour ma part, bien que les Verts aient ma sympathie depuis longtemps, surtout pour de nombreux militants de base et élus rencontrés qui font souvent un boulot formidable, je désire partir afin de me réserver le droit de ne pas voter Verts au premier tour des prochaines présidentielles car je me sens en désaccord profond, on l’aura compris, avec les orientations prises par les responsables de notre parti qui soutiennent par ailleurs - mais tout est cohérent - le responsable actuel de la Commission Santé.

Aux prochaines échéances, les Verts ne recueilleront qu’un pourcentage ridicule de voix, et les électeurs auront bien raison. Ayant constaté ce qui se passe dans un domaine aussi important que celui de la Santé, j’ai perdu toute confiance en la capacité des Verts à porter un projet à cohérence écologiste forte répondant aux attentes de nos concitoyens.

Après avoir été pendant de longues années porteurs du grand souffle écologique, les Verts sont hélas devenus progressivement inaudibles et leurs textes illisibles. Leurs institutions sont un mécano grand dissipateur d’énergies militantes et générateur de querelles sans fin. Leur candidate ronronne dans les médias le même discours sympathique mais sans renouvellement ni audace, les mêmes ténors se partagent depuis des années les médias dans le seul but apparent de soigner leur image et leur popularité - offrant ainsi un spectacle peu reluisant de la politique - pendant que les responsables élus du parti sensés incarner le renouvellement manquent chroniquement de poids politique et médiatique.

Constatant cela, et ne voulant pas cautionner plus longtemps un tel naufrage idéologique et politique, je reprends donc ma liberté de militer et de voter ou mes convictions me porteront.

Bien à vous,

Jean-Michel Athané

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