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Quiproquos sur ordonnance

jeudi 12 juillet 2007 , par Christian Portal


Patrick Lemoine est psychiatre, spécialiste des troubles du sommeil, de la dépression et des médicaments psychotropes. Il publie avec la collaboration de François Lupu, spécialiste de l’anthropologie de l’alimentation, son dernier livre :

Quiproquos sur Ordonnance aux éditions Armand Colin.

Voir la 4e de couverture

Ce compte-rendu de lecture reprend des passages particulièrement significatifs du livre qui seront en italique. Mes commentaires apparaitrons en gras.

Ce livre remarquable, fruit de la rencontre improbable entre un psychiatre éclairé et un ethnologue, est un vibrant plaidoyer pour une médecine différenciée, multiple et œcuménique.

Il est aussi une critique fondamentale de la médecine moderne et de son système de formation. De fait, les auteurs sont en parfaite adéquation avec notre démarche, et sans tout jeter aux orties, pensent que la médecine doit d’abord être un art de la santé avant d’être une connaissance technique de la maladie.

« La Médecine apostolique est une, occidentale et scientifique. Voilà le nouvel acte de foi de l’humanité, c’est-à-dire les médecins et les (futurs) patients !

Tout hérétique, homéopathe, ostéopathe, tradithérapeuthe et autre naturopathe sera excommunié, voire brûlé au bûcher de l’orthodoxie ordinale !

La médecine a su vaincre la rage, la polyo et (presque) tous les microbes. Elle va bientôt terrasser le dragon cancéreux. Elle tient en respect le diabète, l’hypertension, la folie et tant d’autres méchants agresseurs d’humanité. Ses armes de destruction massive sont chimiques ou chirurgicales. Alors pourquoi s’embarrasser des individus qui abritent ces horribles monstres pathologiques ? »

Les auteurs affirment ces victoires sur les maladies infectieuses que l’ont attribue souvent aux vaccins et qui pourtant existent aussi dans les pays qui n’ont pas vacciné. Nous publierons prochainement un article sur un livre de Sylvie Simon : « Ce qu’on nous cache sur les vaccins ». Concernant le cancer, on en est presqu’au même point qu’il y a trente ans ; les seuls progrès concernent les cancers des jeunes. Quant à la mise en respect des autres pathologies, elle se fait au prix de traitements lourds et pour des résultats bien médiocre.

« Pourquoi se préoccuper de ces petits maux sans noblesse genre fatigue, rhume, mal-être quand on est capable de vaincre le Mal absolu, ce crabe que personne n’osait nommer et encore moins révéler il y a vingt ans ?
La médecine de chez nous est une guerrière et ses chevaliers ont des arsenaux thérapeutiques dans le cadre de stratégies de soins où la bombe au cobalt, les missiles aux antibiotiques, les rayons laser, UV, crépitent dans un victorieux feu d’artifice. La médecine a besoin de maladies solides, palpables pour prescrire des médicaments efficaces. Elle est dure, conçue pour des maladies dévastatrices. Sérieuses quoi ! Traitements d’attaque, de choc, éradication... Vivent les lymphocytes-killers, les gélules-missiles qui attaquent les colonnes virales ! On n’a encore jamais envisagé de traités de paix avec les infections, pas d’armistice avec le cancer, ni d’entente cordiale avec les microbes. Aucune alliance n’est envisagée avec le cholestérol.
Pourquoi s’encombrer la vie avec ce que pensent les malades, leurs traditions et autres fariboles culturelles ?

On ne va quand même pas s’emmerder la vie avec des notions comme la santé, le contexte culturel, les états d’âme, l’humanisme et autres fadaises ! »

« Oui mais...
Le problème est que plus de la moitié des consultations de médecine générale et un bon nombre en spécialités sont motivées par tous ces fameux petits bobos, vertiges, douleurs variées, allergies diverses, insomnie rebelle et autres déprimes en tout genre. Et que les gens acceptent de moins en moins d’ingurgiter des tas de médicaments plus ou moins agressifs et en tout cas très peu efficaces pour traiter ce genre de symptôme soi-disant anodin.

Ce qu’ils veulent, les gens, c’est être entendus en tant que sujets porteurs d’une histoire, d’une culture, d’un désir. Ils aiment bien aussi qu’on leur explique ce qu’on va leur faire, avec leurs mots, de manière à ce qu’ils comprennent quand ils ont une maladie « sérieuse ».
Et puis, ils aiment bien être écoutés.
Alors, il va falloir qu’elle fasse son examen de conscience, la Médecine, qu’elle récite son mea culpa avant de prendre des bonnes résolutions !

Et surtout, qu’elle se pose les bonnes questions ! »

« Le premier acte du praticien chinois est donc de dire à son consultant de quel type de bonne santé il est affecté ! Et ensuite de lui expliquer comment la conserver...

Chez nous, la situation est inverse. Nous avons répertorié des milliers de maladies, nous les quantifions, mais pour ce qui est de la notion de santé... Il suffit de se rappeler les difficultés rencontrées par l’OMS pour la définir. Ce fut d’abord « Le silence des organes » (définition de Leriche). En oubliant que c’est la meilleure définition possible de... la mort. La santé est définie depuis 1946 (pas de changement depuis soixante ans !) comme « un état de bien-être physique, mental et social », ce qui est plus que maigre quand on y réfléchit ! Il ne faut sans doute pas chercher ailleurs que dans cette indigence de la réflexion occidentale sur la bonne santé l’échec quasiment complet (à part les vaccins) de toutes les politiques de prévention en Occident. Il suffit de penser à l’épidémie mondiale d’obésité pour s’en convaincre. »

« Au fond,Voltaire n’avait pas tout à fait tort quand il disait que
“la médecine consiste à mettre des drogues qu’on ne connaît pas dans des corps qu’on connaît encore moins.” »

« Si nos décideurs éprouvent le besoin de financer, bien que de manière presque occulte, ce type de pratiques, c’est sûrement qu’ils ont senti qu’elles occupaient une place essentielle dans le paysage médical. Sinon, on imagine facilement le sort que l’Ordre des médecins leur réserverait et ce serait normal. »

« La médecine occidentale aurait pourtant des raisons d’être un peu moins arrogante, d’un peu moins pavoiser. Par exemple, tout ce qui concerne les accidents iatrogéniques qui pourraient représenter jusqu’à 36% des journées d’hospitalisation dont la moitié serait liée à une imprudence ou une erreur de la part. »

« Aujourd’hui, le médecin n’est plus un intermédiaire, il est le porteur, le dépositaire, le réceptacle du dieu Science. C’est lui qui sait. Et quand il ne sait pas, il fait semblant et bluffe pour ne pas perdre la face. Il bluffe et prescrit systématiquement.
Il traite, mais ne prend pas soin.
Traitante et soignante, la médecine, où qu’elle se situe dans le temps et dans l’espace, devrait se souvenir de ses deux missions. On ne devrait jamais entendre le mot médecin traitant ! »

« La reconnaissance symptomatique inaugurait l’acte médical, l’autopsie terminale réglait les incertitudes restantes. Un aphorisme répandu considère que « le niveau scientifique d’un hôpital se mesure au nombre des autopsies qui y sont pratiquées ».

De ses origines anatomiques et localisatrices, la médecine occidentale a gardé un mode de pensée spatial et, contraire ment aux médecines orientales, tend à négliger la dimension temporelle de l’humain et de son environnement. Construite sur l’ouverture et la connaissance du cadavre, elle est en quel que sorte statique, ce qui l’a conduite à passer sans douleur du statique au statistique. Elle néglige souvent le fait dynamique, le flux de vie organique propre à chaque sujet en fonction de son profil, sa diathèse, ses rythmes propre et les multiples interactions qu’il entretient avec son environnement (qu’il soit naturel ou culturel)

Nous disposons d’un nombre incalculable d’entités pathologiques reconnues et validées (leur nombre augmente jour après jour), mais nous ne disposons rigoureusement de RIEN sur les différentes formes de santé possibles, aucune esquisse de classification de la santé (ou plutôt des santés). Ainsi, quand un médecin déclare (« vous n’avez rien », il faut entendre « vous êtes en bonne santé, je ne peux rien pour vous ». On peut être sûr qu’avec ce type de déclaration, il déstabilisera un patient “autre” venu le consulter (comme il le ferait chez lui, dans son groupe) pour savoir “comment il va bien” et de quelle sorte de santé il est affecté pour l’heure. En un mot, quel est son diagnostic de bien-être, ce qui, on en conviendra, n’est pas rien !

Information capitale pour lui s’il veut pouvoir se maintenir dans le même état. L’idée qu’un corps en bonne santé “n’a rien est”, quand on y songe, proprement hallucinante. Comme si seul le corps malade “avait quelque chose”.

En réalité, le corps humain produit des milliers de signes cliniques de maladie comme des milliers de signes cliniques de santé (sinon, il ne produirait aucun signe et serait entièrement... mort). Le corps humain - et cela devrait être une banalité de le dire - produit et envoie en permanence des signaux et s’il y a une infinité de maladies possibles, il y a aussi une infinité de santés possibles la santé d’une vieille paysanne du Berry n’est pas celle d’un jeune de La Courneuve, ni celle d’un quinquagénaire, cadre moyen à Romorantin, ou d’un O.S. qui travaille en trois huit chez Renault. La connaissance de toutes ces santés possibles à chaque moment et pour chacun, en fonction de son sexe, de son âge, de sa famille, de son activité, de sa constitution (gros ou maigre...), de son environnement (campagne, ville...), pourrait permettre une véritable médecine préventive, une médecine qui s’occuperait de la santé et de la maladie avec le même soin. »

« Le regrettable de notre médecine, c’est qu’elle s’est persuadée d’avoir décrypté l’universel, faisant de son système, LE système de lecture. »

« Plus de 50% des consultations occidentales sont motivées par ce qu’il est convenu d’appeler la pathologie fonctionnelle, autre ment appelée maladies psychosomatiques. Allergies multiples, fatigue chronique, fibromyalgies, lombalgies, douleurs variées, insomnie, états de stress font le pain quotidien de notre médecine ordinaire.
Plus de la moitié des consultations ! »

« Une approche complémentaire qui lui permettra de renouer avec sa tradition en réunifiant le malade et le sujet.

Considérer les malades comme des alter ego, des autres moi, mais pas forcément de la même tribu. Des gens qui véhiculent d’autres coutumes, d’autres croyances, d’autres savoirs, pas forcément moins pertinents que les siens. »

« Une approche qui évitera aux patients de forger des symptômes médicalement corrects.

Une approche enfin qui leur permettra d’être compris en tant qu’êtres souffrants plutôt que machines à syndromes.

Une médecine humaine, tout simplement ! »


Après ces passages qui montrent si bien l’esprit de ce livre, il faut aussi signaler le foisonnement d’anecdotes ethnologiques qui viennent soutenir la construction du propos.

Le début du livre est en fait une critique du système médical dans lequel sont posées trois questions fondamentales :

  1. A quoi sert la médecine ?
  2. l’impérialisme de la médecine occidentale
  3. Savoir savant, savoir profane.

Le reste du livre s’interroge sur les étapes essentielles qui jalonnent la vie des hommes, pour lesquelles il n’existent pas de vérités transcendantales, mais seulement des vérités partielles propres à chaque culture.

  1. Naître et grandir
  2. Manger
  3. Aimer, se reproduire
  4. S’endormir, dormir, mal dormir
  5. Se laver
  6. Travailler
  7. Vivre en bonne santé
  8. Souffrir
  9. Etre soi
  10. Etre fou
  11. Vieillir
  12. Mourir enfin
  13. A la recherche de l’ethnoscope perdu

En conclusion, un livre à lire absolument, que l’on soit patient ou thérapeute, c’est à dire tout le monde !

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