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Rapport de l’OMS sur les médecines traditionnelles

dimanche 13 janvier 2008 , par Christian Portal


Stratégies de l’OMS pour la médecine traditionnelle pour 2002-2005.

PDF - 529 ko
Stratégies pour les médecines traditionnelles pour 2002-2005

Ce texte présente une position non officielle de l’OMS sur les médecines traditionnelles. Dans l’analyse, sont confondues l’ensemble des pratiques non orthodoxes (médecine occidentale), appelées en Europe médecines non conventionnelles, pour des problématiques très différentes selon qu’il est question du monde développé ou du tiers monde.

Vous trouverez le rapport de l’OMS en pièce jointe.

Commentaire

Dès l’introduction, et tout au long du document, l’auteur confond tous les termes de médecine traditionnelle, complémentaire ou parallèle en un même principe. Cette confusion est d’autant plus curieuse qu’elle se double d’un deuxième malentendu. En effet, alors qu’il considère justement le terme de médecine traditionnelle quand il s’applique aux pays en voie de développement, étonnamment, il s’associe aux médecines alternatives, complémentaires ou parallèles lorsqu’il s’agit de pays développés. Il emploie l’abréviation (MTR) lorsqu’il s’agit véritablement de médecine traditionnelle s’exerçant dans un contexte de médecine populaire. (MTR/MCP) concerne l’ensemble des pratiques que l’on qualifie officiellement au parlement européen de médecines non conventionnelles (Isabelle Robard –« Médecine non conventionnelle et droit »), et qui sont utilisées essentiellement dans les pays développés.

Cette confusion s’explique par cette seule phrase : « Dans les pays dont le système de santé prédominant est basé sur l’allopathie ou bien où la MTR n’a pas été incorporée au système de santé national, la MTR est souvent appelée médecine « complémentaire », « alternative » ou « non conventionnelle ». » Ce raccourci montre toute la limite que cette analyse représente de ce simple point de vue.

Néanmoins, si on élimine cet écueil, on constate des éléments d’étude intéressants. L’OMS accepte par ce texte, que la médecine allopathique, idéologiquement, techniquement et politiquement majoritaire ne le soit pas et loin s’en faut dans le monde.

Quelques chiffres :

« En Afrique, jusqu’à 80% de la population de la population utilise la MTR pour répondre à ses besoins de soins de santé. En Asie et en Amérique latine, les populations continuent d’utiliser la MTR en raison de circonstances historiques et Convictions culturelles. En Chine, la MTR représente 40 % des soins de santé administrés. »

« Dans le même temps, dans de nombreux pays développés, la MCP gagne en popularité. Le pourcentage de population ayant utilisé la MCP au moins une fois se chiffre à 48 en Australie, 70 au Canada, 42 aux États-Unis, 38 en Belgique et 75 en France. »

« Dans de nombreuses parties du monde, les dépenses en MTR/MCP sont non seulement considérables mais en hausse rapide. En Malaisie, il est estimé que 500 millions de $US sont dépensés chaque année pour ce type de soins de santé, par rapport à environ 300 millions de $US pour l’allopathie. Aux États-Unis, le total des débours consacrés à la MCP pour 1997 est estimé à 2 700 millions de $US. En Australie, au Canada et au Royaume-Uni, les dépenses annuelles en MCP sont estimées à 80 millions de $US, 2 400 millions de $US et 2 300 millions de $US respectivement. »

Fait encore plus intéressant, l’OMS loin d’être choquée de cette situation montre qu’il est nécessaire, pour les pays en voie de développement, de s’appuyer sur la MTR car elle représente la seule chance pour les populations d’être soignées. « En Ouganda, par exemple, le ratio de tradipraticiens par population se situe entre 1/2000 et 1/4000. Ceci contraste nettement avec la disponibilité d’allopathes, pour lesquels le ratio typique est de 1/20 000 ou moins. Par ailleurs, la distribution de ce personnel peut être irrégulière, la plupart se trouvant dans les villes ou autres zones urbaines, et donc difficile d’accès pour les populations rurales. »

En ce qui concerne les pays développés, une approche des soins de santé est souhaitée. « Dans de nombreux pays développés, la popularité de la MCP est alimentée par les inquiétudes au sujet des effets nocifs des médicaments chimiques, par la remise en question des démarches et présomptions de l’allopathie et par accès de plus en plus facile du grand public à l’information sur la santé.

En même temps, la prolongation de l’espérance de vie a multiplié les risques de développement de maladies chroniques débilitantes telles que les maladies cardiaques, le diabète et les troubles mentaux. Pour de nombreux patients, la MCP semble offrir un moyen moins agressif que l’allopathie de gérer ce type de maladies. »

On constate qu’une politique nationale de santé concernant les MTR/MCP s’impose. Mais les objectifs sont différents selon le niveau de développement. Dans les pays développés, il s’agit surtout de protéger les usagers et sans doute de garantir les lobbies de la santé contre une trop grande croissance de la MCP. Dans les pays en voie de développement, il s’agit de fournir une solution alternative de santé car ces pays ne peuvent pas assurer, que ce soit en raison des difficultés de personnels ou de financement de la médecine allopathique par les populations.

Par ailleurs, il reste toujours en suspens le problème de l’évaluation qui butte sur des difficultés de méthodologie entre autres. De fait, on constate souvent le bénéfice pour les usagers, mais on n’a toujours pas de chiffres à se mettre sous la dent. « En conséquence, bien que de nombreuses thérapies de MTR/MCP soient prometteuses et de plus en plus utilisées, un grand nombre ne sont pas testées et leur usage n’est pas surveillé. De ce fait, la connaissance de leurs effets secondaires possibles est limitée. Ceci rend l’identification des thérapies les plus sûres et les plus efficaces et la promotion de leur usage rationnel plus difficiles. Si la MTR/MCP doit être préconisée en tant que source de soins de santé, des efforts pour encourager son usage rationnel et l’identification des thérapies les plus sûres et les plus efficaces seront d’une importance cruciale. »

Ce document indique aussi la nécessité de rendre l’accès à ces médecines plus facile, sachant que les chiffres concernant le recours à celles-ci manquent souvent. En même temps, il reconnaît la nécessité de maîtriser la production des drogues qui dépendent souvent de préservation et de protection des milieux.

La réflexion se poursuit sur un point intéressant qui concerne l’éducation et la formation.

« Les défis au niveau de l’éducation et de la formation se présentent sous au moins deux formes. En premier lieu, assurer que les connaissances, les qualifications et la formation des prestataires de MTR/MCP soient adéquates. En second lieu, utiliser la formation pour assurer que tradipraticiens et allopathes comprennent et apprécient la complémentarité des types de soins de santé qu’ils proposent.
Un usage correct de produits de qualité assurée pourrait également contribuer en grande partie à la réduction des risques associés aux produits de MTR/MCP tels que les médicaments à base de plantes. Toutefois, la réglementation et l’enregistrement des médicaments à base de plantes ne sont pas bien développés dans la plupart des pays et la qualité des produits à base de plantes proposés dans le commerce n’est généralement pas garantie. »

Concernant le rôle de l’OMS, il est préférable de garder la citation du texte aussi complète que possible :

« En termes de MTR/MCP, l’OMS exécute ces fonctions en :

  • Facilitant l’intégration de la MTR/MCP aux systèmes nationaux de soins de santé, en aidant les États Membres à développer leurs propres politiques nationales relatives à la MTR/MCP.
  • Publiant des directives pour la MTR/MCP en développant et fournissant des normes nationales, directives techniques et méthodologies pour la recherche sur les thérapies et produits de MTR/MCP ainsi que pour la fabrication de produits de MTR/MCP.
  • Stimulant la recherche stratégique dans le domaine de la MTR/MCP, en apportant un soutien aux projets de recherche clinique sur l’innocuité et l’efficacité de la MTR/MCP, particulièrement en ce qui concerne les maladies telles que le paludisme et le VIH/SIDA.
  • Préconisant un usage rationnel de la MTR/MCP, en encourageant un usage de la MTR/MCP basé sur des preuves.
  • Gérant l’information sur la MTR/MCP, en faisant office de centre d’échange d’information relative à la MTR/MCP.

Néanmoins, les défis décrits précédemment exigent que les activités de l’OMS dans ce domaine soient étendues et accrues.

La stratégie comporte quatre objectifs

  1. Politique : intégrer la MTR/MCP aux systèmes nationaux de soins de santé, de manière appropriée, en développant et en mettant en œuvre des politiques et programmes de MTR/MCP.
  2. Innocuité, efficacité et qualité : promouvoir l’innocuité, l’efficacité et la qualité de la MTR/MCP en étendant la base de connaissances relatives à la MTR/MCP et en conseillant sur la réglementation et les normes d’assurance de la qualité.
  3. Accès : augmenter la disponibilité et l’abordabilité de la MTR/MCP, de manière appropriée, en faisant porter l’accent sur l’accès des populations pauvres.
  4. Usage rationnel : promouvoir un usage thérapeutique judicieux de la MTR/MCP appropriée, par les prestataires et les consommateurs.

La mise en œuvre de la stratégie se concentrera initialement sur les deux premiers objectifs. La réalisation de l’objectif Innocuité, Efficacité et Qualité fournira la base nécessaire pour l’accomplissement des objectifs Accès et Usage rationnel. »

On constate à la lecture de ce texte, la confusion permanente entre MTR et MCP d’une part, et d’autre part leur application forcément différente selon le niveau de développement du pays, ce qui rend l’analyse particulièrement difficile. Par ailleurs, ce texte est construit à la lumière d’une conception sociologique implicite qui est celle de la culture occidentale qui considère que sa science et sa médecine sont incontestables et que ce sont les autres qui ont à faire la preuve de leur efficacité et de leur innocuité.

Cette situation serait particulièrement légitime en occident, mais s’applique difficilement en Chine ou en Inde qui disposent l’une et l’autre de médecines à la fois millénaires et performantes. Et pourtant, quand ce texte parle d’un exemple d’intégration réussie, il évoque le cas de la Chine où la médecine chinoise a été intégrée à la médecine occidentale alors qu’en toute logique çà aurait du être le contraire.
Il apparaît que les situations respectives de la MTR dans les pays où elle est culturellement implantée, et de la MCP dans les pays développés de culture occidentale, doivent être traitées différemment. Encore que, l’arrivée dans les pays développés de populations connaissant des pratiques médicales traditionnelles pose le problème de la coexistence dans un même pays de pratiques médicales radicalement différentes. Il est évident, dans ce contexte, qu’il convient de réglementer ces pratiques de façon à ce que ces populations puissent se soigner – c’est à dire fréquenter leurs thérapeutes, mais aussi se procurer les drogues pour se traiter, et ceci dans des conditions de sécurité acceptable – mais aussi que les populations locales puissent dans les mêmes conditions de sécurité, recourir à ces traitements exotiques. Sinon, cela reviendrait à imposer une culture à tous les peuples venant habiter un pays, – ce qui peut être contraire aux droits de l’homme – ou alors maintenir les populations immigrées dans une situation de ghetto tout aussi inacceptable.

En conclusion, ce texte présente plusieurs intérêts remarquables :

  • Il est cautionné par une autorité incontestable, dans le monde médical international, l’OMS.
  • Il montre l’aspect incontournable,
    • des MTR dans les pays peu développés, où elles représentent une alternative aux traitements allopathiques, en permettant, à la fois, de garantir des soins que la médecine ne peut pas assurer en raison du manque de personnel et de soigner à des coûts qui soient compatibles avec le niveau de vie des populations
    • et des MTR/MCP dans les pays développés, en offrant une pluralité de traitements qui puissent satisfaire toutes les attentes des patients (confort, soins personnalisés et adaptés)
  • Il indique de manière claire qu’il ne doit pas y avoir à priori de prévention contre toutes ces techniques ou médecines, et que l’avenir en matière de politique de santé, c’est la recommandation aux états d’une intégration des MTR/MCP dans les systèmes de santé.

Pourtant, il ne faut pas mésestimer certains défauts du texte :

  • La confusion entre les situations,
  • des pays asiatiques qui possèdent une médecine traditionnelle savante, vivante et bien ancrée dans la culture des populations (Inde, Tibet, Vietnam, Chine, Corée, Japon et d’autres pays qui utilisent ces différentes médecines à titre d’importations).
  • des pays non développés, qui possèdent des pratiques traditionnelles non savantes, mais bien ancrées dans la culture des populations (Afrique, Amérique, Asie, Océanie).
  • des pays développés qui utilisent les médecines « alternatives », en plus ou en marge de la médecine allopathique, et qui ont en outre des populations immigrées qui disposent de leur propre médecine traditionnelle et de leurs thérapeutes.
  • « l’oubli » de la médecine tibétaine dans les médecine traditionnelle. Cette omission se comprend mieux quand on apprend que l’auteur du rapport est un médecin chinois.

Ce que nous devons garder à l’esprit, c’est que l’OMS s’est radicalement prononcée en faveur de l’intégration des MTR/MCP dans les dispositifs de santé, et qu’il la prendre au mot, et qu’il faut inscrire dans nos programmes cette disposition.

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