Vers un chaos médical ?

 
  • vendredi 3 juin 2011.
  • Nous avons une croyance commune qui suggère que la médecine progresse. Un certain nombre d’indicateurs vient la renforcer. Ce sont, tout d’abord, l’allongement de la durée de la vie et la disparition de certaines maladies infectieuses comme la polio, la variole ou la tuberculose. Les performances spectaculaires de la chirurgie et de l’imagerie médicale viennent également renforcer cette impression.

    Pourtant, et je l’ai largement démontré dans mes écrits, la médecine est plus en panne que le consensus médiatique ne l’affirme. Surtout, il reste une démonstration à faire entre des supposés progrès et leurs causes possibles.

    Même si ce n’est pas le sujet principal de cet article, il est essentiel de rappeler que, d’une part, les progrès ne sont pas ceux que chacun admet dans un aveuglement collectif et que, d’autre part, les raisons de ces avancées sont en fait les causes essentielles d’une dégradation de la santé de la population.

    Même s’il est difficile de résumer cette question, l’allongement de la durée de la vie est, en réalité, un mythe fondé sur une réalité ; depuis un certain nombre d’années, l’espérance de vie a augmenté. Les raisons en sont multiples : hygiène, amélioration des conditions de naissance, traitements efficaces de maladies infectieuses, quelquefois mortelles, grâce aux antibiotiques, prise en charge des urgences par des technologies toujours plus efficientes et réparations chirurgicales de plus en plus performantes.

    Néanmoins, il s’agit d’un mythe car une bonne part de ces progrès est fragile ! Les premiers moyens mis en œuvre ont bien rempli leur rôle mais la systématisation de la prise en charge médicale, non pour améliorer le bien-être des citoyens mais bien pour augmenter les profits de l’industrie médicale ont contribué à inverser la tendance. Actuellement, entre les désordres alimentaires (excès divers, médiocre qualité nutritionnelle, additifs alimentaires polluants, pesticides, modes de cuisson et de consommation, etc.), les différentes sources de stress et les mauvaises conditions de vie, les efforts pour maintenir cette situation sont tels qu’ils mobilisent de plus en plus d’énergies. Il faut donc dépenser de plus en plus d’argent pour se soigner et maintenir un état de santé, finalement médiocre.

    C’est ainsi que les vaccinations, les antibiotiques et quelques spécialités médicales utiles auraient pu faire illusion plus longtemps s’ils avaient été utilisés de façon raisonnable [1]. On voit ainsi que cette démarche de soin, totalement déraisonnable et tournée essentiellement sur l’augmentation des profits a produit l’effet inverse. Maintenant, non seulement l’espérance de vie diminue et quand elle se maintient c’est grâce à une énergie et des moyens financiers considérables, mais en outre, nos société font face à une recrudescence de maladies pour lesquelles nous sommes de plus en plus démunis : des cancers toujours plus nombreux, plus fulgurants qui touchent des individus toujours plus jeunes, des maladies infectieuses qui resurgissent pour lesquelles les antibiotiques deviennent inefficaces, des maladies métaboliques qui n’épargnent plus grand monde et des maladies neuro-dégénératives qui menacent un troisième âge de plus en plus précocement.

    Notre société a fait le choix de la pléthore, de la démesure et de la croissance. Elle doit, pour cela, dépenser de plus en plus d’énergie bien que les résultats soient de plus en plus mauvais et que les laissés-pour-compte de ce système soient toujours plus nombreux. Ce premier constat montre la fragilité de notre système qui, devant consommer plus d’argent, d’énergie et de moyens pour se maintenir et gérer ses exclus, ne sera bientôt plus en mesure de satisfaire ses besoins.

    C’est ainsi que, pour le domaine sanitaire, je vois un système médical qui va s’épuiser à lutter contre les incendies qu’il aura contribué à allumer. J’ai donc le sentiment que ce système va s’écrouler. Outre les éléments que j’ai apporté au débat, on constate souvent, qu’avant de s’effondrer, les institutions se durcissent et punissent plus durement leurs opposants. C’est se qu’on constate dans le domaine des médecines non conventionnelles. Il y a un autre indicateur important : bien que les médecines non conventionnelles soient pratiquées par des non médecins et par des médecins, ce sont surtout ces derniers qui subissent les foudres et la répression. En effet, devant le désastre qui s’annonce et que chacun ressent, les plus lucides qui recherchent une autre voie sont impitoyablement attaqués en tant que traitres.

    Le constat peut sembler bien pessimiste et devant les faiblesses du système de santé moderne polluant, économiquement intenable et finalement peu efficace, il devient légitime de songer à d’autres pratiques, qualifiées par la résolution du parlement européen de médecines non conventionnelles [2]. D’autres les ont aussi appelé écomédecines ce qui constitue un terme plus conforme qui décrit davantage l’esprit de ces pratiques.

    Devant la problématique d’efficacité thérapeutique, il est intéressant d’apprécier la pertinence de ces écomédecines. La question qui se pose réellement est de savoir si les écomédecines ont un intérêt pour la population ou seulement pour les médecins qui les exercent. Il s’agit donc bel et bien d’une question politique, de politique de santé plus exactement. Or ce n’est jamais sous cet angle que cette question est abordée. Les zélateurs des médecines non conventionnelles oublient trop souvent les performances très médiocres de leurs pratiques, non en raison de leur potentiel mais à cause des conditions qui leur sont faites, en France notamment. Le nombre de praticiens est finalement faible et les bons sont encore plus rares. Je tiens cette assertion du Dr Roland Sananès qui se plaignait amèrement du niveau de connaissances des médecins homéopathes, y compris ceux qui suivent la formation qu’il propose.

    Il y a à cela des raisons structurelles :

    On voit que l’ensemble des éléments que je décris relève du système médical et notamment de la formation médicale. Je n’imagine pas d’amélioration possible sans remise en cause du savoir médical ni sans réformer notre projet de société. Si la médecine moderne donnait réellement satisfaction, il n’y aurait aucune raison de recourir à des alternatives. Or, comme je l’ai amplement démontré, notre médecine est trop fragile et d’un niveau de performance trop faible pour ne pas se donner tous les moyens d’agir, tant pour les thérapeutes que pour les usagers ou la santé publique.

    Certains colloques [3] sont la seule occasion où les écomédecines sont un peu mise en avant or c’est le plus souvent l’occasion de se congratuler sur les moyens que l’on a de soigner telles maladies ou de répondre à telles problématiques de santé. Or si on fonctionne avec des écomédecines ne disposent pas, comme actuellement, des moyens de soigner [4], on est obligé de conclure que le débat est de nature idéologique et politique et qu’hélas, il n’a jamais lieu sur ce terrain.

    Notre médecine moderne qui ne cesse de s’auto-féliciter de ses succès est, nous l’avons déjà vu, dans une impasse, tant du point de vue économique, qu’en raison des pollutions majeures qu’elle génère et que d’une efficacité très contestable. C’est ce dernier point qui est d’ailleurs le plus difficile à mettre en évidence. En effet, les prouesses techniques que l’on met régulièrement en avant ne compensent pas la faiblesse du niveau de santé globale des populations « riches » et plus encore des populations « pauvres ». Il y a un indicateur simple ; dans une société où le niveau de santé augmenterait, on devrait s’attendre à une diminution de la consommation médicale or c’est exactement le contraire qui se produit. Plus on est soigné, plus on demeure malade et plus on besoin de se soigner. Cet aspect est parfaitement en accord avec les contraintes économiques qui invitent à plus de consommation pour plus de profits mais c’est incompatible avec une amélioration de la santé et avec un équilibre des comptes de l’assurance maladie. Même si notre volonté est de voir la totalité des soins de notre population pris en charge par l’assurance, ceci n’est possible que si la maladie, l’invalidité et l’accident reste l’exception. Or, nous ne devons jamais perdre de vue que l’augmentation des soins ne vise pas notre mieux être mais bien l’augmentation des profits du secteur de la santé. cette situation est d’autant plus insupportable que tous ceux qui n’auraient pas les moyens de payer - et ils sont de plus en plus nombreux - seraient exclus de ces éventuels progrès.

    L’assurance, comme je l’ai rappelé, fonctionne sur une grande assiette de cotisation pour une part acceptable de sinistres. Si ceux qui sont incapables de se payer les frais afférents à leurs traitements, ils seront également pas en mesure de financer les soins que même les plus riches ne peuvent autofinancer. En effet, des installations d’imagerie médicale performante ou des plateaux chirurgicaux de pointe ne peuvent exister que s’ils sont rentabilisés par une utilisation importante et suffisamment financée.

    Il est un autre aspect que l’on oublie volontiers. La médecine tue, en France, au moins 20 000 personnes chaque année. Ce chiffre est reconnu par différents rapports sénatoriaux qui indiquent 13 000 morts par effets secondaires des médicaments et 5 à 7 000 morts par maladies nosocomiales. En 2003, la canicule a provoqué la mort prématurée de 15 000 personnes âgées, ce qui a entraîné la chute d’un ministre et un impôt nouveau. Chaque année, ce chiffre est dépassé dans l’indifférence générale. Nous savons tous que ces chiffres sont très sous-évalués et que le problème est bien plus grave encore que cela et, pourtant, la France, notamment, continue de nier les accidents vaccinaux, de minimiser les défaillances profondes du système du médicament mises en évidence par les différents scandales récents et de se glorifier de son système de santé qui serait le meilleur du monde.

    Si donc, entre une médecine de plus en plus coûteuse et de moins en moins finançable, beaucoup moins performante que l’opinion ne le croit et des alternatives incapables de prendre le relais, nous n’anticipons pas sur ces questions de politique de santé, de politique sociale, le système médical moderne risque de s’effondrer brutalement. Ce phénomène sera d’autant plus brutal que la fuite en avant que nous observons avec une surconsommation médicale et un recours systématique [5] à des prouesses techniques de plus en onéreuses. On constate également que ce système tape dans la caisse commune sans aucune vergogne comme lorsque notre ministre de la santé a commandé 100 millions de doses de vaccins contre la grippe A.

    [1Actuellement, il existe de l’ordre de 20 000 spécialités médicales alors que l’OMS n’en recommande que 200.

    [2Il s’agit d’une terminologie institutionnelle fondée par la résolution A4-1997-0075 du parlement européen.

    [3Comme ce fut le cas le 21 mai 2011 au conseil régional d’Île de France

    [4Je rappelle le faible nombre de praticiens compétents, le manque de moyens thérapeutiques organisé par les pouvoirs publics. Il faut également souligner qu’en dehors de Paris ou de certaines grandes villes, il est extrêmement difficile d’obtenir des remèdes naturels de qualité, spécialement dans des délais raisonnables et compatibles avec des situations d’urgence.

    [5C’est notamment le cas de l’assistance à la conception qui se généralise de plus en plus. Outre les dépenses directes, on est en droit de se demander ce que deviendront ces enfants en très grand nombre dont l’avenir médical sera suspendu à un environnement surmédicalisé.

    Un article du site : Pour une médecine écologique
    http://www.medecine-ecologique.info/article.php3?id_article=186