ACECOMED interrogé pour la phase finale du Grenelle

 
  • samedi 13 octobre 2007.
  • La première phase du Grenelle de l’environnement vient de s’achever avec notamment la publication des rapports des groupes de travail, dont celui consacré au thème "Instaurer un environnement respectueux de la santé".

    Interview faite par Denis Lebioda, parue le vendredi 5 octobre 2007.

    Bilan et suite de la démarche du Grenelle de l’environnement

    Le Groupe 3 du Grenelle de l’environnement "Instaurer un environnement respectueux de la santé" vient de rendre public le compte-rendu de ses travaux. Quels en sont selon vous les points forts, les acquis, les avancées historiques... ?

    Christian Portal - ACECOMED :

    Rien d’historique, mais quelques avancées, qu’il faut nuancer.

    Les aspects pollueur-payeur sont sans doute intéressants, mais il reste à voir comment cela sera appliqué.

    Des mesures sont prises, mais les conséquences sont déléguées aux tribunaux dont il faudra attendre décisions pour comprendre si les choses ont réellement changé.

    Peut être peut on compter sur l’éviction d’un certain nombre de substances particulièrement dangereuses et pourtant connues depuis très longtemps, si les mesures de substitutions ne les remplacent pas par des produits dont la toxicité sera encore à démontrer.

    ... Et quels en sont les points faibles, les manques criants, les thèmes qui n’ont pas été ou n’ont pas pu être abordés ?

    Christian Portal - ACECOMED :

    Je reste persuadé que toutes ses mesures, au demeurant complexes, ne remettent pas en cause cette société et sa philosophie de croissance qui sont les vrais générateurs des pollutions contre lesquelles on s’efforce de lutter.

    Face à des produits dangereux, à part les plus connus, il faudra faire appel à une cohorte d’experts, qui seront peut être les vrais gagnants de cette opération, pour connaître l’ampleur des dangers, produit par produit.

    Tout cela ne dit rien, ni des effets combinés, ni des faibles doses, surtout si on définit des seuils qui pourront toujours être relevés en cas de besoin. Cette situation nous prépare une société d’experts tout puissants pour lesquels on sera toujours fondé à douter d’une intégrité, à la fois difficile à prouver et encore plus difficile à défendre. C’est déjà le cas d’agence comme l’AFFSA où il est très compliqué d’obtenir les déclarations de conflits d’intérêts.

    Enfin, rien n’est dit sur les pollutions médicamenteuses qui sont de deux natures :

    Apparemment rien n’est dit sur les OGM dans le rapport même si Borloo semble s’orienter sur un gel, mais pour combien de temps ? Quel sera l’impact des campagnes de lobbying qui ont déjà commencé sur les radios (deux émission sur France-Inter en une semaine) ?.

    Quel est votre sentiment par rapport à la suite du processus du Grenelle ? Allez vous vous y investir ? Comment ? Sur quels thèmes ?

    Christian Portal - ACECOMED :

    Je reste pessimiste, car la croissance va persister avec des entreprises retorses et puissantes qui feront tout éviter d’appliquer les règles fixées, et de l’autre côté un État dont les moyens déjà faibles associés à une volonté qui pour l’instant a fait défaut, ou des associations sans moyens qui risquent de prêcher dans le désert.

    Avez vous des conseils à formuler aux citoyens qui souhaitent également participer à cette démarche et faire entendre leurs préoccupations ?

    Christian Portal - ACECOMED :

    Il faut s’orienter vers une société plus sobre. Il doit s’agir d’une volonté politique. Or celle-ci est le reflet des votes. Les Français doivent prendre conscience de cette situation pour agir. Malheureusement, les partis susceptibles de porter ce message ne sont plus en mesure de le faire. Il faut s’efforcer de reconstruire une alternative politique écologique crédible.

    De plus, ce Grenelle constitue une faute politique. Il fallait entrer en négociation avec l’État, et avec lui seul, à charge ensuite pour le gouvernement à prendre des mesures politiques pour se donner les moyens d’une politique dont les discussions auront fait émerger la nécessité. Par exemple, de fortes mesures fiscales pour pénaliser les pratiques contestables ou encourager celles que l’on veut promouvoir. Cela a le mérite de la clarté, alors que là, peu de choses risquent de changer.

    Un article du site : Pour une médecine écologique
    http://www.medecine-ecologique.info/article.php3?id_article=96