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Affaire Gardénal, un triple déni !

vendredi 11 février 2011 , par Christian Portal


L’affaire commence en 2007 quand la CPAM des Yvelines fait prononcer à l’encontre du docteur Martine Gardénal, médecin homéopathe, Présidente de la société des homéopathes spécialistes, attachée de consultation à l’INSEP et auteur de nombreuses publications, une interdiction temporaire du droit de donner des soins aux assurés sociaux pendant une période de six mois (dont trois avec sursis).

Deux médecins-conseil de la CPAM des Yvelines ont monté un dossier à charge sur l’activité médicale du Dr Gardénal :

  • sans qu’il n’y ait aucune plainte de patients.
  • sans que cette activité ait fait subir un préjudice quelconque à la CPAM puisque le Dr Gardénal a toujours exercé son activité médicale hors convention.

Environ une quarantaine de patients ont été convoqués et interrogés, trois cas ont été retenus, trois personnes atteintes de cancers à l’égard desquelles le Dr. Gardénal est accusé de charlatanisme :

  1. pour avoir procédé à un suivi médical et des prescriptions non adaptées aux affections des malades et non conformes aux données acquises de la science pour une première patiente, alors que le Dr Gardénal a toujours dit et écrit que l’homéopathie ne traite pas le cancer mais qu’en revanche, elle peut permettre une meilleure tolérance aux traitements, souvent très lourds, (déclaration attestée également par le professeur Israël), et entretenir le terrain.
  2. pour avoir manqué d’autorité vis-à-vis d’une autre patiente (…l’hôpital n’avait pas fait mieux !) qui ne voulait plus entendre parler des traitements allopathiques trop lourds et avait décidé de son propre chef de les arrêter, au moins temporairement,
  3. pour avoir fait une demande de prise en charge d’une troisième patiente dans une clinique anthroposophique allemande spécialisée dans le traitement du cancer. L’expert français écrit : « il ne m’est pas possible d’apprécier les soins proposés à la clinique Porta Wesfalica dans la mesure où les documents fournis sont en Allemand ». Il conclut sans honte : « la cure allemande n’est pas adaptée à la pathologie »

Dans les trois cas, le Dr Gardénal, tout en informant et conseillant ses patientes sur les traitements allopathiques à suivre, a traité leurs pathologies annexes et leur a laissé une liberté de choix. Aucune n’a porté plainte tant auprès du Conseil de l’Ordre que de la Sécurité Sociale.


Après ces faits bruts, j’éprouve le besoin de quelques commentaires. Tout d’abord, ce qui domine, c’est l’indignation. C’est un sentiment partagé par l’ensemble des amis du Dr. Gardénal et plus généralement, par tous ceux, et ils sont de plus en plus nombreux, qui souhaitent le respect de leur liberté de soins.

Il s’agit d’un triple déni !

Déni moral tout d’abord car on fait peser sur une personne innocente des reproches et des condamnations, vécues comme infamantes alors qu’aucune faute professionnelle ou morale ne peut être retenue. Déni moral encore alors qu’aucun patient n’a porté plainte et que, surtout, l’ensemble de ces patients est privé d’un thérapeute qui leur donnait toute satisfaction. Certains de ces patients, atteints d’une pathologie lourde et suffisamment angoissante pour ne pas y ajouter la perte de son médecin.

Il s’agit également d’un déni de justice car - le détail des procédures en témoigne - rien n’aurait du permettre de condamner Martine Gardénal. Elle l’a été au seul fait qu’elle est homéopathe et que, dans ce pays, on mène encore des chasses aux sorcières.

Déni de droits enfin car les patients, en principe garantis par la loi de mars 2002, dite loi Kouchner ou droits des malades, prévoit d’accorder un certain nombre de droits au malade. Elle permet notamment de choisir de poursuivre des soins et de n’accepter des soins que si le médecin a donné une information sincère et qu’ainsi, le patient a pu donner un « consentement libre et éclairé ». Cette dernière expression tirée de la loi donne toute la mesure des libertés qui devraient être accordées au malade qui, hélas, le plus souvent, ne peut que se soumettre aux diktats des laboratoires pharmaceutiques. Lesquels - on le sait encore mieux depuis l’affaire du Mediator® - tiennent la formation médicale et les instances politiques.

Néanmoins, la condamnation de Martine Gardénal est également révélatrice d’un autre aspect qui échappe souvent aux commentaires, par ailleurs fort justement indignés. Les médecins conventionnels tout particulièrement vivent comme une trahison à l’égard de leur corps professionnel et social la réussite d’un médecin qui ne fait pas ce que tous ont appris à la faculté en formation initiale.

J’ai souvent soutenu devant des homéopathes et des anthroposophes que les uns et les autres auraient du se séparer du corps des médecins allopathes afin de ne pas rester le « cul entre deux chaises ». Il fallait créer un doctorat spécifique de médecine anthroposophique ou de médecine homéopathique mais il a manqué un courage institutionnel qui maintenant fait cruellement défaut à ces médecins non conventionnels et, sans doute plus encore, à leurs patients.

Cette situation est peut-être due au confort d’une appartenance à un corps de notables. À mon sens, ce fut une grossière erreur car si les homéopathes ont toujours eu le sentiment d’appartenir à ce corps, ce dernier leur a fait payer leur différence ressentie comme une trahison. Cette position que je n’hésite pas à qualifier de compromettante n’a fait qu’affaiblir la qualité globale des médecins homéopathes. Il est de plus en plus difficile de trouver un bon homéopathe de moins de 50 ans !

Ne pas avoir fait sécession a souvent conduit les médecins homéopathes à être de médiocres défenseurs de leurs pratiques. Ils n’ont jamais voulu attaquer leurs confrères - parce qu’ils étaient confrères et que c’est interdit par le code de déontologie - pour propos calomnieux. En effet, concernant l’homéopathie [1], il n’y a que deux possibilités : soit les remèdes sont réellement efficaces ou bien ce sont des poudres de perlimpinpin. Dans le premier cas, on laisse ces médecins exercer tranquillement leur art pour le plus grand profit des malades. Dans le deuxième cas, il n’y a, là aussi, que deux possibilités : ces médecins sont imbéciles ou des escrocs. Imbéciles parce qu’ils se sont laissés abusé ou escrocs parce qu’ils abusent leurs malades. Dans les deux cas, on ne peut pas se permettre de harceler quelques boucs émissaires mais c’est bien l’ensemble de la profession qu’il faut faire disparaître.

Or, personne n’a jamais radicalisé la lutte comme je viens de l’envisager. De plus, en poussant le système au bout de sa logique imbécile, cela voudrait également dire que l’ensemble de l’homéopathie et de l’anthroposophie devrait être condamné et détruit, depuis les laboratoires jusqu’aux diplômes d’homéopathie délivrés par la faculté de médecine en passant par l’ensemble des pharmaciens qui se livre à cet exercice répréhensible et par les professeurs coupables d’enseigner des choses inexactes et peut-être dangereuses.

On voit ainsi que si les médecins non conventionnels n’avaient pas choisi le confort de l’institution, ils seraient peut-être plus libres aujourd’hui et les malades auraient-ils, eux-aussi, l’assurance d’une pérennité de leurs soins.

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[1Ce raisonnement est parfaitement transférable à l’anthroposophie

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